Lorsque les Maraudeurs deviennent

plus qu’un simple mythe

 

Chapitre 32 : Attaque inattendue.

 

         Quelques jours s’étaient écoulés. Harry pénétra dans son dortoir, un livre sous le bras, et ne fut guère surpris de n’y trouver que Remus qui était plongé dans une quelconque lecture. Le lycanthrope était, de loin, le plus placide des Maraudeurs et cela, Harry l’avait toujours supposé. Peter aurait pu, pour une personne extérieure, rivaliser avec Remus sur ce point, mais pas aux yeux de Harry. Les occupations extrascolaires du rat étaient tout sauf comme un déterminant de calme. Pas plus tard que la veille au soir, Pettigrow avait encore réussi à le semer dans la Bibliothèque… et Harry en était on ne peu plus frustré, d’autant plus qu’il ne pouvait en parler à personne. S’il y avait bien une chose que l’adolescent n’aimait pas c’était être tenu en échec… A un point tel qu’il supportait de moins en moins la proximité de Queudver qui était la source de son irritation grandissante et de tous ses ennuis.

 

         Harry chassa ses sombres pensées de ses réflexions et ferma la porte derrière lui. Sachant pertinemment que Remus devait être conscient de sa présence, il jugea préférable de ne pas interrompre la lecture du lycanthrope et s’installa sur le rebord de la fenêtre, dos au mur. Là, il ouvrit “Le Quidditch à travers les âges” qu’il avait, une fois de plus, emprunté à la Bibliothèque, avant de s’intéresser au parchemin jauni qu’il y avait glissé un peu plus tôt, observant avec intérêt ce que faisaient les trois autres Maraudeurs.

 

         « Tu ne sais pas où sont passés les autres, par hasard ? »

 

         Harry sursauta et, sortant de son étude de la Carte du Maraudeur, jeta un regard à Remus qui avait quitté son lit et s’étirait machinalement.

 

         « Hum, pour ce que j’en sais, Peter est à la Bibliothèque, Sirius doit probablement être du côté de la Tour d’Astronomie à flirter avec Amy, Elsa est dans la Salle Commune à surveiller les chatons et, en ce qui concerne James et Lily…, ils sont dehors, d’après ce que j’ai crû comprendre… »

 

         Remus haussa un sourcil. Mais Harry n’y prêta guère attention.

 

         «- Bon, je devrais peut-être aller tenir compagnie à Elsa pour garder un œil sur les trois fauves, commenta le lycanthrope. Tu viens avec moi ou…

 

          - Je préfère rester au calme pour lire, l’interrompit Harry, tout en replongeant dans son observation du vieux parchemin.

 

          - D’accord. » répondit, après un bref instant de silence, Remus.

 

         Harry referma le livre et, la tête contre le mur, ferma les yeux, espérant ainsi atténuer son mal de tête. La fatigue commençait à se faire sentir et influait sur son humeur. D’autant plus que la situation d’échec à laquelle il était confronté l’agaçait à un point tel qu’il en était plus irritable que de coutume. Pas plus tard que ce matin, il avait envoyé balader Elvire qui lui demandait s’il n’avait pas vu James. Et s’il avait préféré quitter le calme de la Bibliothèque, c’était tout simplement parce que la présence du rat n’était pas pour arranger les choses. De plus, il se connaissait suffisamment bien pour savoir que, à l’heure qu’il était, s’il était resté là-bas, il aurait déjà probablement étranglé le concerné. Alors, préférant ne pas se laisser tenter, il avait choisi de limiter la casse en revenant au dortoir, tout en sachant qu’il y serait au calme.

 

         Il soupira, se massant brièvement les tempes, avant d’entrouvrir machinalement la fenêtre, un petit vent frais venant aussitôt lui apporter un maigre soulagement. Dans cette opération, il aperçu quelque chose dans le Parc qui le fit sourire. En cette fin de samedi après-midi, la plupart des élèves avaient regagnés le château et vaquaient à leurs occupations et la vaste étendue herbeuse aurait pu être déserte si un cerf ne se baladait pas à la lisière de la forêt, une jeune fille sur le dos. Ce n’était pas la première fois qu’il assistait à ce petit manège auquel se livraient les deux Préfets-en-Chef, mais il aimait observer ces moments d’insouciance du petit couple.

 

         Harry, par acquis de conscience, extirpa machinalement la Carte du Maraudeur du livre et y jeta un nouveau regard. A en croire le parchemin, Peter lisait toujours à la Bibliothèque, Sirius et Amy étaient bels et bien à la Tour d’Astronomie, Remus et Elsa discutaient dans la Salle Commune et, en dehors d’un petit groupe de Serdaigle amassé près du lac, James et Lily étaient on ne peut plus seul dans le parc, hors de vue des autres élèves. Ayant effacé le parchemin et l’ayant rangé dans sa poche, Harry reporta son attention à l’extérieur et suivait des yeux le couple. S’étant éloigné de la Forêt Interdite, le cerf s’était immobilisé pour permettre à la jeune fille de descendre. Celle-ci passa alors les bras autour de l’encolure de l’animal sous le regard attentif de Harry. Cornedrue avait, lui, tourné la tête vers la Préfète-en-Chef et la poussa légèrement du nez. Semblant comprendre le message, elle s’écarta légèrement en riant et James en profita pour reprendre son apparence humaine.

 

         De là où il était, Harry ne pouvait entendre ce qu’ils disaient, mais il vit le Maraudeur déposer un bref baiser sur le nez de la jeune fille qui remit les lunettes de son petit-ami correctement avant de l’embrasser brièvement et se blottir contre lui. Harry sourit. Au moins, de ce côté là, tout allait pour le mieux. Pas de soucis à avoir concernant le couple, comme il en eut la confirmation en reportant son attention vers les deux Gryffondor. James avait passé les bras autour de la taille de la jeune et l’embrassait affectueusement dans le cou, au grand plaisir de celle-ci qui esquissait un large sourire.

 

         Un petit claquement sec retentit brusquement derrière lui, le faisant sursauter. Mais il n’eut pas même le temps de se retourner qu’un chant joyeux lui annonça qu’il avait du courrier.

 

         « Eh, salut Fumseck, s’exclama Harry en quittant lestement le rebord de la fenêtre. Déjà de retour ? »

 

         L’oiseau laissa échapper quelques notes enthousiastes et vint se percher sur l’épaule de l’adolescent qui sourit et caressa la tête du Phénix qui ferma les yeux de contentement.

 

         « Tu es vraiment un brave Phénix, Fumseck. » commenta Harry, amusé par la réaction de l’oiseau qui se portait comme un charme.

 

         L’animal ébouriffa finalement ses plumes et se décida à tendre la patte à laquelle était fixée la lettre qu’il portait à Harry qui se hâta de débarrasser l’oiseau de la missive avant de le gratifier d’une nouvelle caresse.

 

         « Allez viens, Fumseck, tu vas pouvoir souffler un peu. » déclara Harry en s’asseyant sur son lit.

 

         Le Phénix quitta son épaule et s’installa sur le pied du lit de l’adolescent et commença à lisser ses plumes. Harry sourit une fois de plus en observant l’oiseau puis s’intéressa à la lettre qu’il venait de recevoir. La décachetant avec soin, il extirpa de l’enveloppe plusieurs feuillets recouverts par les écritures familières de Ron, Hermione, Dumbledore, son parrain et le professeur Lupin. Mais il y découvrit aussi une autre enveloppe, plus petite sur laquelle Ron avait écrit son nom.

 

         Harry sourit. Sûrement ce qu’il avait demandé à son meilleur ami de lui envoyer, dans sa dernière lettre. Prenant son mal en patience, l’adolescent commença par lire les lettres, avant de s’intéresser au contenu de la deuxième enveloppe.

 

         En fait, Dumbledore se contentait, dans sa lettre, de lui rabâcher, comme à chaque fois, que la potion qui devait le ramener à son époque ne tarderait plus à être opérationnelle et que, en attendant, il devait rester prudent et ne rien faire de compromettant pour l’avenir.

 

         Harry ne pu réprimer un sourire face à l’ironie de la situation. Il n’avait aucune idée de ce qui pouvait changer ou pas le cours du temps et permettre, ou non, au futur qu’il connaissait (autrement dit, son présent) de se réaliser. Mais quoi qu’il en soit, il avait préféré passer sous silence, dans ses lettres, le fait que James et Lily soient au courant de la situation et de sa véritable identité… Il était, personnellement, incapable de dire si c’était une bonne chose ou pas qu’ils soient au courant…

 

         Il soupira et secoua la tête, chassant ces sombres réflexions de son esprit. Essayer de réfléchir sur le sujet n’était pas pour arranger son mal de tête. Il jugea donc préférable de reporter son attention sur la lettre de Sirius.

 

         Désolé, Harry, je comprends parfaitement ton problème mais je ne peux vraiment pas t’aider. Dumbledore nous avait soumis à un sortilège d’amnésie après ton départ, ne l’oublie pas, si bien que je suis vraiment incapable de te dire ce qui s’est passé exactement durant ton séjour à notre époque. Même les archives de l’écoles n’apportent guère plus de renseignement que ce que tu sais déjà. Tout ce que je peux te dire c’est que tu finiras ta septième année en compagnie des Maraudeurs.

         Sinon, en ce qui concerne Amy et Elsa…, je me doutais bien que tu finirai par me poser cette question. En fait, Remus et moi, nous n’avons pas crû nécessaire de te parler d’elles… car repenser à ce qu’elles sont devenues ne fait que réveiller de douloureux souvenirs. Si je me souviens bien, Elsa a été tuée durant notre septième année pour je ne sais plus quelle raison et, quand à Amy…, ta marraine, elle a été tuée quelques mois avant tes parents.

         A part ça…, ah oui, tant que j’y pense, Remus, qui se remet de la pleine lune d’hier, te passe le bonjour.

         Prends soin de toi et reste prudent,

                   Sirius.

 

         Harry haussa un sourcil. Décidément, tout semblait se liguer contre lui. Personne ne semblait pouvoir lui dire ce qui s’était passé cette année là… Il soupira et prit la lettre de Ron et Hermione.

 

                   Harry,

         Je dois te dire que ça n’a pas été sans mal mais, Ron et moi, nous avons réussi à te joindre, sous pli séparé, ce que tu nous demandais, après les avoir soumis à un autre sortilège d’illusion pour que personne d’autre ne puisse les voir. Mais, crois moi, ça n’a pas été facile de t’envoyer ça, au nez et à la barbe de Dumbledore… Je ne pense pas qu’il apprécierait s’il venait à l’apprendre… Mais il ne l’apprendra pas…, n’est-ce pas ?

         Enfin, tu verras ça par toi-même…, et on en a profité pour te joindre une photo d’Hedwige… D’ailleurs, depuis ton absence, elle a l’air contrariée de ne pas pouvoir te rejoindre et on ne peut rien en tirer… Je crois pouvoir affirmer que tu lui manques autant qu’à nous.

         Une dernière chose, Harry, même si tu dois bien t’amuser avec les Maraudeurs, n’oublie pas que tu as les ASPICs (“Mais, Hermione, je pense qu’il a d’autres sujets de préoccupations que les examens de fin d’année”)

         Et, oh, j’allais oublié, une petite anecdote…, Ginny a eu une retenue… et tu ne devineras jamais pourquoi… (“Elle s’est battue avec Cho. Tu te rends compte, Harry, ma sœur s’est battue contre quelqu’un, et qui plus est Cho Chang tout simplement parce que Cho te critiquais ouvertement”). Ron, arrête tes commentaires, veux-tu ? (“Tu m’excuseras mais je pense que c’était à moi de raconter ça à mon meilleur ami.”) Enfin, quoi qu’il en soit, Ginny n’a pas vraiment apprécié la médisance dont Cho fait preuve à ton égard et elle l’a clairement montrée…

         Réponds-nous vite,

                   Hermione (“Et Ron”)

 

         Harry esquissa un sourire. Ce genre de lettre ressemblait bien à ce qu’il attendait de ses deux meilleurs amis. Malgré le fait qu’ils sortaient ensemble, ils continuaient, à l’occasion, à se taquiner mutuellement. Gaïa sauta sur son lit, le tirant à ses réflexions. Le chat ne semblait pas prêter grande attention au Phénix qui fixait le félin tigré alors que celui-ci, ronronnant, venait se frotter contre l’adolescent.

 

         « Alors, Gaïa, en quête d’affection ? » plaisanta Harry en le caressant derrière les oreilles, le faisant ronronner de plus belle.

 

         Le chat lové sur son lit, Harry ouvrit la seconde enveloppe et en sortit quelques photos. La première montrait Hermione et Ron, bras dessus bras dessous, leur insigne de Préfets-en-Chef fixée à leur robe, en compagnie de Ginny qui portait sur son épaule une chouette d’un blanc éclatant qui ne cessait d’ébouriffer ses plumes d’un air contrarié et claquer du bec alors qu’une petite boule de plume grises voletait au dessus de la jeune fille, alors qu’un gros chien noir était assis devant Ron. Les trois adolescent esquissaient de grands signes de la main à Harry. Celui-ci sourit et retourna la photographie, pour y découvrir sur le verso, quelques mots écrits de la main de Ron : “Colin a prit la photo pour nous. Comme quoi il s’est amélioré par rapport à ses débuts”.

 

         Le sourire de Harry s’élargit à ce commentaire et il reporta son attention sur la photo en elle-même, observant surtout l’air contrarié de Hedwige qui, fidèle à elle-même, ne supportait pas l’exubérance de Coq, le hibou de Ron. Harry éprouva un petit pincement au cœur en pensant à sa chouette. Il se hâta donc de reporter son attention sur les autres images, qui n’étaient autres que quelques photographies que Ron avait pris, sur sa demande, dans l’album que Hagrid lui avait offert en première année. Bien que les connaissant par cœur, Harry y jeta machinalement un regard, avant de reporter son attention sur la lettre d’Hermione.

 

         Ginny s’était disputée avec Cho… à cause de lui ? Imaginer la timide Ginny se disputer avec quelqu’un était déjà dur à faire… alors, savoir qu’il était, selon Hermione, la cause de la bagarre était encore plus surprenant… Oh, bien sûr, il était parfaitement conscient que la sœur de son meilleur ami l’aimait beaucoup à un moment (Harry grimaça en repensant au fameux poème qu’un nain avait clamé, en son nom, à Harry, devant les autres élèves), mais ça s’arrêtait là…

 

         La porte du dortoir s’ouvrit brutalement, faisant sursauter Harry et, par la même occasion, Gaïa qui, passé le premier moment de contrariété, miaula joyeusement en apercevant son maître, tandis que Harry glissait discrètement ce qu’il venait de recevoir sous son oreiller.

 

         «- Eh ,Gaïa… ! s’exclama James en souriant, les joues rosies par sa sortie, alors que son chat sautait dans ses bras, avant d’apercevoir le Phénix qui attendait toujours sur le lit de Harry. Tu as reçu une lettre de chez toi ?

 

          - Euh…oui…

 

          - Alors, les nouvelles sont bonnes ? insista, nonchalamment, le Maraudeur en s’approchant, après avoir déposé son chat par terre.

 

          - La routine…, répliqua Harry en haussant les épaules. D’ailleurs… »

 

         Il s’interrompit brutalement, lorsque James s’empara vivement d’un des parchemins qui traînaient sur on lit.

 

         « EH ! s’alarma Harry qui ne tenait pas vraiment à ce qu’il lise son courrier, tout en planquant vivement les autres parchemins et en essayant de reprendre son dû à James. RENDS-MOI CA… ! »

 

         Harry se tût, cessant soudainement de poursuivre James qui semblait trouver la situation très amusante, repensant à quelque chose. Dumbledore lui avait bien dit qu’il avait soumis ces lettres à un sortilège d’Illusion… James ne pouvait donc pas prendre connaissance de son véritable contenu… et puis, il était curieux de savoir ce que le Maraudeur pourrait y lire. Il adopta donc un air résigné et leva les bras au ciel.

 

         « Oh et puis fait comme tu veux. » lâcha Harry en se laissant retomber sur son lit.

 

         James se figea, à bonne distance, stupéfait.

 

         «- Vraiment ? s’étonna-t-il. Tu me laisse lire ton courrier ?

 

          - Je ne suis pas d’humeur à te courir derrière pour récupérer ce parchemin, alors… » commenta, évasivement, Harry.

 

         James l’étudia un long moment du regard, semblant se demander où se trouvait la blague mais, visiblement rassuré sur le fait que Harry n’était pas décidé à tenter quoi que ce soit, il parcouru le parchemin, sous le regard attentif de Harry qui, caressait distraitement la tête de Fumseck. Et c’est ainsi qu’il vit le Maraudeur esquisser un petit sourire qui ne présageait rien de bon.

 

         James hocha finalement la tête, un petit sourire moqueur et, sans un mot, déposa le parchemin sur le lit de Harry.

 

         « Qu’est-ce qu’il y a ? » s’étonna ce dernier, surpris, tout en se hâtant de glisser la feuille dans sa poche.

 

         James esquissa un petit sourire énigmatique tout en continuant à fixer Harry d’un air moqueur.

 

         «- Quoi ? rétorqua Harry, quelque peu irrité par les manigances du Maraudeur.

 

          - Petit cachottier…

 

          - Pardon ? répliqua Harry, décontenancé.

 

          - Tu ne m’avais pas dit que tu avais des prétendantes… »

 

         Harry le fixa un moment, sans comprendre, puis fronça les sourcils.

 

         « Qu’est-ce que tu racontes ? » demanda-t-il, finalement.

 

         Le sourire de James s’élargit.

 

         « Oh, allez, ne fait pas l’innocent… C’est qui cette fameuse Ginny qui, je cite, “n’a pas vraiment apprécié la médisance dont Cho fait preuve à ton égard”… ? »

 

         Harry le fixa, stupéfait.

 

         «- Comment sais-tu que… ?

 

          - Eh, p’tit malin, je viens juste de lire ta lettre, se moqua James. Alors, dis-moi qui c’est… ?

 

          - Tu…tu as vraiment lu ça dans cette lettre ? insista Harry, déboussolé.

 

          - Où aurai-je pu lire ça, sinon ? plaisanta James. J’ai déjà connu mieux, comme changement de sujet… Alors, qui c’est… ?

 

 - Mais… »

 

         Harry s’interrompit, mû par un mauvais pressentiment. Peut-être que Dumbledore n’avait pas ensorcelé cette lettre là… ? Harry rejeta aussitôt cette possibilité. Le vieux sorcier n’aurait pas pris un tel risque que cette lettre puisse tomber entre de mauvaises mains… Alors, peut-être que le sortilège d’Illusion n’opérait que pour ceux qui ignorait sa véritable identité… ? C’était plus probable… mais…, dans ce cas… Mais, peut-être étais-ce aussi, qu’une simple coïncidence… ? Peut-être que le sortilège d’Illusion ne modifiait que les propos les plus compromettants… ?

 

         « Alors ? »

 

         James le fixait toujours, les bras croisés, planté près du lit, sans se départir de son sourire moqueur.

 

         « Qui c’est ? Ta petite-amie ? »

 

         Cette fois, Harry le regarda de travers.

 

         «- Qu’est-ce que tu vas t’imaginer, là ? s’offusqua Harry. Ce n’est pas ma petite-amie…, c’est juste…

 

          - La sœur de ton meilleur ami, acheva James. Je sais, j’ai vu ça aussi dans cette lettre. Et cette Cho, c’est qui ? »

 

         Harry lui adressa un regard contrarié.

 

         «- De quoi tu te mêles ?

 

          - De la vie sentimentale de mon futur fils, répliqua malicieusement James. Alors… ?

 

          - Il n’y a rien entre elles et moi…

 

          - Fait attention, Pinocchio, ton nez s’allonge. »

 

         Harry lui adressa un regard perplexe.

 

         «- Non content de lire du Shakespeare, tu es allé lire, aussi, Pinocchio ? s’étonna Harry.

 

          - Possible, rétorqua simplement James. Mais là n’est pas la question… Tu ne te débarrasseras pas de moi tant que tu ne m’auras pas dit la vérité.

 

          - Mais il n’y a rien entre elles et moi ! répéta Harry, quelque peu contrarié. Et tu n’as pas à te mêler de mes fréquentations à mon époque…

 

          - Tu ne vas pas me faire croire qu’elles se sont chamailler à cause de toi alors qu’elles n’éprouvent rien pour toi, quand même ? » insista le Maraudeur en esquissant un sourire suffisant.

 

         Harry voulu dire quelque chose mais se ravisa et inspira profondément, réprimant ainsi des propos acerbes qu’il avait sur le bout de la langue mais qu’il n’avait pas vraiment envie de dire à James…

 

         « Si tu veux tout savoir, Cho, c’est de l’histoire ancienne et…, quand à Ginny… c’est une amie, rien d’autre… ! »

 

         James éclata d’un rire plus que sarcastique.

 

         «- On dit ça…, ironisa-t-il. Allez, avoue, tu l’aime… ?

 

          - Non.

 

          - Moi je suis sûr du contraire.

 

          - Tu te fais des films…

 

          - Tu aimes Ginny…

 

          - Non.

 

          - Si.

 

          - Non.

 

          - Oh, si…

 

          - Oh non…

 

          - Et moi je suis sûr du contraire… Tu te voiles la face, Harry.

 

          - Je ne l’aime pas, un point c’est tout, cingla Harry qui commençait à être singulièrement agacé par la situation. J’admet qu’elle m’aimait quand elle était en première année mais sans plus…

 

          - Le fait qu’elle se soit bagarrée avec ton ex montre bien que c’est toujours le cas…

 

          - Ca ne veut rien dire du tout, riposta Harry avec mauvaise humeur.

 

          - Oh si, persista James en souriant un peu plus largement. Allez, j’suis sûr que tu l’aime aussi…

 

          - Je…ne…l’aime…pas… ! rétorqua Harry en prononçant bien chaque mot. Ce n’est que la sœur de mon meilleur ami…, c’est tout… Inutile de t’imaginer des choses.

 

          - Allez, je suis sûr qu’elle ne te laisse pas indifférent, continua James.

 

          - Et moi je te dis que non.

 

          - Oh c’est mignon…Harry est amoureux…

 

          - Je ne suis amoureux de personne…

 

          - C’est ce que je disais aussi il n’y a encore pas si longtemps…

 

          - Et alors ? Je n’aime personne… et encore moins Ginny…

 

          - C’est ça… Harry et Ginny…, oh mais c’est que ça sonne bien… »

 

         Harry ne sû pas vraiment ce qui le poussa à agir de la sorte. Son humeur du moment ? Son mal de tête ? Autre chose… ? Quoi qu’il en soit…

 

         « J’EN EST ASSEZ ! FOUS MOI LA PAIX AVEC TES IDEES STUPIDES ! »

 

         Sur ce, il bouscula sans ménagement le Maraudeur stupéfait et quitta la pièce, claquant la porte derrière lui, avant de dévaler l’escalier, fou de rage, ignorant les appels de James qui, visiblement, s’était lancé à sa suite.

 

         «- LAISSE-MOI TRANQUILLE ! TU M’ENERVES ! tempêta Harry en atteignant la Salle Commune où tous les regards se tournèrent vers lui.

 

          - Harry… ? » commença la voix surprise de Lily qui se tenait avec Remus et Elsa près de la cheminée.

 

         L’adolescent l’ignora délibérément et quitta sans un mot la Tour de Gryffondor, s’attirant les protestations indignées de la Grosse Dame qui n’avait pas appréciée d’avoir été poussée à la volée.

 

         « Oh, vous ça suffit ! cingla Harry. Ce n’est vraiment pas le moment ! »

 

         D’une humeur plus massacrante que jamais, il ne fit même pas attention au chemin qu’il prenait, enchaînant couloirs et escaliers sans vraiment réfléchir à l’endroit où il se rendait. Et c’est ainsi qu’il heurta brutalement quelqu’un.

 

         «- Vous pourriez pas faire attention où vous allez ? aboya Harry, trop contrarié pour considérer le fait que c’était plutôt lui qui ne regardait pas où il allait.

 

          - Oh mais c’est Calaway… »

 

         Harry se figea, déconcerté, avant de réaliser qu’il se trouvait dans la salle des Trophées… et qu’un petit troupeau de Serpentard se tenait devant lui, un petit air suffisant aux lèvres et qu’il était allé s’écraser contre… Rogue. Harry eut aussitôt un mouvement de recul dégoûté à cette perspective.

 

         «- Et bien Calaway, on se balade tout seul ? se moqua Nott.

 

          - Faudrait penser à regarder devant toi, Calaway… ! Ca t’éviterai de salir, par ton contact, un respectueux Serpentard… grogna Rogue.

 

          - Ca m’aurait évité d’avoir à faire brûler ma robe dès que je rentrerai à mon dortoir… cingla Harry avec mauvaise humeur. On ne sait jamais…, je ne tiens pas à attraper la “stupidité chronique grave” ou le syndrome du tas de graisse ambulant, ajouta-t-il, en jetant un regard noir à son futur professeur de Potions.

 

          - Oh, Calaway, qu’est-ce que c’est que ces manières ? se moqua Rogue.

 

          - Je ne sais pas ce que vous en pensez, les gars mais je serais d’avis de lui donner une bonne leçon, commenta Avery.

 

          - Oh, mais tu sais parler ? s’étonna Harry, moqueur. Les Serpentard auraient donc quelque chose d’assez évolué dans ce qui leur sert de crâne ? N’en fait pas trop, Avery ou tu risquerai d’avoir un anévrisme au cerveau… quoique je ne suis même pas sûr que vous en ayez un assez développé pour qu’une telle chose puisse arriver… »

 

         Les baguettes sortirent des poches du petit groupe de Serpentard et se pointèrent vers Harry. Celui-ci esquissa un petit sourire suffisant. Il n’était même pas sûr que la plupart d’entre eux ait seulement compris de quoi il parlait mais, en cet instant, il n’avait rien contre un petit règlement de compte.

 

         «- Oh, je suis mort de peur…, ironisa-t-il. Des Serpentard ont leur baguette pointée sur moi…

 

          - Fais pas le malin, Calaway ! siffla Nott. Sors ta baguette et montre nous donc ce que tu es capable…

 

          - Pas de problème, rétorqua Harry en esquissant un sourire engageant. Je vais vous montrer ce dont je suis capable… mais comme je n’ai pas envie de vous défigurer totalement…, je n’utiliserai pas ma baguette…

 

          - Oh oh, mais c’est qu’il est prétentieux celui-là, se moqua Nott. Je vais me charger de te remettre les idées en place, Calaway…

 

          - Essaie toujours ! » lui proposa Harry, les bras croisés.

 

         Nott s’avança donc vers le Gryffondor, ricanant légèrement.

 

         «- Adrian, ne…

 

         Harry jeta un bref regard à Rogue qui fixait Harry d’un air que le Gryffondor était bien incapable de déterminer avec précision. Quoi qu’il en soit, le meneur du groupe ne semblait pas vraiment approuver l’idée de Nott.

 

         « Je vais en faire qu’une bouchée. » assura l’intéressé, coupant Rogue dans ses propos.

 

         Ce dernier voulu dire quelque chose mais Nott fixait déjà Harry, un sourire mauvais aux lèvres, la baguette pointée vers son adversaire. Celui-ci, impassible, attendait.

 

         « Everte statile. »

 

         Harry n’esquissa pas le moindre geste pour éviter le sort, posant son regard calme sur le sortilège.

 

         « Devortium » murmura-t-il, une seconde avant que le sort ne le touche et rencontra le regard de son adversaire, avec un sourire satisfait, alors que le sortilège déviait brutalement et touchait de plein fouet le Serpentard abasourdi qui fut projeter, sans ménagement, sur les autres Serpentard qui étaient restés en retrait.

 

         Harry éclata de rire devant la vision d’un groupe de Serpentard vautré au sol et faisant des pieds et des mains pour se dégager de cette mêlée. Ce n’était qu’un sort on ne peut plus basique d’ancienne magie appliquée mais qui se révélait on ne peut plus efficace contre ces abrutis.

 

         Mais n’étant pas décidé à laisser passer cette opportunité de se défouler sur les Serpentard, Harry attendit donc que ses adversaires se remettent debout.

 

         «- Tu vas regretter ça, Calaway, l’avertit Rogue qui n’avait visiblement pas apprécié de s’être retrouvé coincé sous Nott et Lestrange.

 

          - Je suis curieux de voir ce que vous allez me faire… » rétorqua, tranquillement, Harry.

 

         Les six Serpentard s’avancèrent vers lui, baguette à la main.

 

         « Oh, vous vous battez à six contre un, à présent ? commenta, Harry, moqueur. Ce n’est pas très fair-play… »  ironisa-t-il tout en songeant que, de toute façon ce n’était pas vraiment la qualité première des Serpentard.

 

         Amusé, il esquissa, négligemment, un geste de la main.

 

         « Expelliarmus » lança-t-il distraitement.

 

         Six baguettes se déposèrent sur sa main tendue alors que des chocs sourds retentissaient dans le couloir, les propriétaires des items magiques ayant été projeté dans le couloir. Harry survola la scène du regard et sourit… Rookwood s’était écrasé contre une des vitrines chargées de trophées et le meuble s’était écrouler sous son poids, dans un grand fracas de verre brisé et de tintements métalliques, alors que des coupes roulaient sur le sol, alors que Rogue et Nott semblaient s’être heurté l’un l’autre à en croire les deux Serpentard qui, par terre, se massaient la tête en jurant, et que Rosier, Avery et Lestrange étaient tombés dans un enchevêtrement de corps et s’administraient des coups entre eux en tentant de se dégager. Harry éclata de rire devant la scène. Décidément, rien de telle qu’une petite bande de Serpentard contre qui se défouler pour remettre de bonne humeur.

 

         « Je crois que ça suffira pour aujourd’hui, déclara Harry en prenant un air suffisant. Vous reviendrez me voir quand vous vous serez un peu entraînés, les nuls, d’accord ? »

 

         Sur ce, il se détourna des Serpentard, puis se ravisa et revint sur ses pas.

 

         « Ah, au fait, j’allais oublié… »

 

         Il laissa tomber les baguettes sur la tête de Lestrange qui était bloqué sous Rosier, et quitta la Salle des Trophées, amusé. Il avait remis à sa place les six Serpentard et évacué ainsi sa mauvaise humeur.

 

         Avec entrain, il repartit donc dans son errance à travers les couloirs du château et s’interrompit brutalement en entendant des éclats de voix qui s’avançaient dans sa direction. Sans réfléchir, il ouvrit la première porte qu’il vit et se glissa dans la pièce ainsi révélé. Tendant l’oreille, il attendit et pû entendre les propos des personnes qui approchaient en discutant, à voix basse, entre eux.

 

         «- … prudent, à l’avenir.

 

          - Je n’y manquerai pas, assura son interlocuteur.

 

          - Je l’espère bien. Vous avez déjà commis beaucoup d’erreurs, Pettigrow mais le fait que vous occupiez une place stratégique dans son plan le rend plus tolérant à votre égard… Néanmoins… »

 

         Pettigrow ? Le sang de Harry ne fit qu’un tour dans ses veines et le rendit encore plus désireux d’en savoir plus.

 

         «- Tout est prêt pour… le nouveau projet du Maître ? demanda, Peter alors qu’ils passaient visiblement devant la pièce où il se trouvait.

 

          - Oui…, mais vous en saurez plus ce soir, lorsque… »

 

         Les voix se turent, au plus grand dépit de Harry qui jura entre ses dents, contrarié. Il aurait pu avoir l’occasion d’anticiper sur les projets de Voldemort… s’il avait pu entendre la suite de leur conversation. Il soupira et se passa la main sur le front d’un air agacé.

 

         « Harry ? »

 

         L’intéressé sursauta et se retourna d’un bond… pour constater qu’il n’était pas seul dans la pièce… qui n’était autre qu’une salle de classe désaffectée.

 

         «- Sirius… ? Amy ? s’étonna-t-il en apercevant les deux Gryffondor qui l’observaient, visiblement aussi embarrassés l’un que l’autre.

 

          - Euh…qu’est-ce que tu fais là ? s’enquit Sirius, gêné.

 

          - Hum…je… je traînais dans les couloirs et… j’ai voulu éviter…Peeves alors je suis entré dans la première pièce qui s’offrait à moi et…euh, mais je crois que la voie est libre alors… j’vais y aller et…désolé pour le dérangement. » marmonna précipitamment Harry en notant la chemise déboutonnée du Maraudeur, le laissant imaginer à quelques occupations se livraient le couple avant son entrée inopportune.

 

         Sans plus attendre, il quitta la pièce, refermant la porte derrière lui et se hâta de s’éloigner. A priori, Sirius et Amy n’étaient plus à la Tour d’Astronomie… Il soupira et poursuivit sa vadrouille dans le château, se retrouvant ainsi devant le portrait du Chevalier de Catogan qui, par chance, était trop occupé à tirer son gros poney gris pommelé derrière lui qu’il ne le vit pas passer. Continuant sur sa lancée, il reprit le chemin de l’escalier de marbre, perdu dans ses pensées.

 

         Visiblement, Voldemort préparait un nouveau coup et une réunion d’information était prévue pour les “membres de l’arrière-garde” de ses partisans dans la soirée, d’après ce qu’il avait entendu de la conversation de Peter. Bien qu’il n’avait aucune idée de l’identité de l’interlocuteur du rat, Harry se doutait qu’il devait s’agir de la fameuse taupe dont un Mangemort avait fait allusion lorsqu’il était dans le repaire de Voldemort… Le rat et la taupe, ensemble, les deux “vers” de la pomme… Harry était persuadé que Peter ne jouait, pour l’instant, qu’un rôle d’informateur auprès de Voldemort, sûrement par l’intermédiaire de la taupe…, alors que ce dernier devait agir directement. Harry se doutait que la taupe devait être à l’origine des attaques dont James avait fait l’objet : La séance de “rodéo-balai” et du jeu du “chat et la souris” avec le Cognard (auquel Harry s’était retrouvé confronté au nom de James) n’étaient pas anodins et Harry était certain que la taupe (à l’instar de Quirrell lors de sa première année de scolarité à Poudlard) était à l’origine de ces phénomènes… En tout cas, Harry était certain de connaître la voix de la taupe, bien qu’il soit incapable d’y mettre un nom. En tout cas, c’était un adulte, c’était une certitude. Mais, au moins, Harry était sûr d’une chose : ce soir, il allait devoir suivre Peter…

 

         Des bruits de pas le tirèrent de ses réflexions et il leva la tête (perdu dans ses pensées, il avait gardé les yeux rivés sur ses pieds), pour voir son professeur de Soins aux Créatures Magiques, à l’autre extrémité du couloir dans lequel il se trouvait, venir dans sa direction, les bras chargés de livres. Visiblement, le professeur Brûlopot sortait de la Bibliothèque.

 

         «- Bonjour professeur, lança poliment Harry en passant à sa hauteur.

 

          - Oh, bonjour Mr Calaway, lui répondit l’adulte en se tordant le cou pour l’apercevoir par dessus sa pile de livre et en souriant à l’adolescent.

 

          - Vous avez besoin d’un coup de main pour transporter ces livres ? suggéra Harry.

 

          - Merci beaucoup de votre proposition, Mr Calaway mais ça ira, répondit aussitôt l’enseignant. Passez une bonne journée.

 

          - Vous aussi, professeur. » répliqua Harry en continuant sur sa lancée.

 

         Atteignant finalement l’escalier de marbre, il hésita sur la marche à suivre. Aller faire un tour dans le Parc ou rejoindre la Tour de Gryffondor, au risque d’y trouver James ? La “conversation” qu’il avait eu avec le Maraudeur lui revint aussitôt à l’esprit. Il secoua la tête, bien décidé à ne pas penser à ce que James lui avait dit et décida de rejoindre sa Salle Commune, ne serais-ce que pour raconter aux autres ce qui s’était passé avec les Serpentard. Amusé par cette perspective, il prit donc la direction de la Tour de Gryffondor.

 

         « Eh, Harry… »

 

         Sursautant une fois de plus, il se retourna et ne pu réprimer un sourire en voyant venir vers lui, main dans la main, les deux Préfets-en-Chef de Gryffondor. Notant la joue gauche rougie du Maraudeur, Harry ressentit une pointe de remord en supposant que la gifle que James s’était visiblement prise n’était pas innocente à leur altercation de tout à l’heure.

 

         «- On te cherchait, justement, lança joyeusement Lily en le rejoignant.

 

          - Pourquoi ? » s’étonna Harry, son regard passant de l’un à l’autre des deux adolescents qui se tenaient devant lui.

 

         Il reporta cependant son attention sur James en notant le regard que Lily posait sur son petit-ami. Le Maraudeur soupira.

 

         « Je…je voulais m’excuser pour tout à l’heure… Je n’aurai pas dû te taquiner comme je l’ai fait. »

 

         Harry eut un léger sourire.

 

         « C’était déjà oublié. » prétexta-t-il.

 

         Lily esquissa, à son tour, un bref sourire et déposa un rapide baiser sur la joue rougie du Maraudeur qui lui sourit avec tendresse.

 

         « Et si on retournait à la Salle Commune ? » suggéra la jeune fille.

 

* * * * *

 

         Ce soir-là, Harry, blottit sous sa cape d’invisibilité, sa Carte du Maraudeur sous les yeux, attendit que le portrait de la Grosse Dame sur Peter qui jeta un regard anxieux autour de lui avant de s’engager dans le couloir, suivit de près par Harry. Lorsque le Maraudeur prit sa forme de rat, Harry s’arrêta, mettant un peu plus de distance entre eux, pour éviter que le rongeur ne remarque sa présence. Suivant la direction prise par l’animal, Harry eut la surprise de le voir descendre l’escalier de marbre. Interloqué, Harry suivit le même itinéraire, tout en prenant soin à cacher sa présence. Et c’est ainsi que, à la surprise grandissante de l’adolescent, il se retrouva dans le parc.

 

         « Il ne va quand même pas dans la forêt, j’espère ? »

 

         A l’instant où cette pensée lui venait à l’esprit, Peter obliqua vers la façade nord du château et reprit sa forme humaine, dans l’ombre du château, suivit par Harry qui avait profité d’être dehors et face au vent, donc à un endroit où le rat n’aurai pas pu le sentir, pour se rapprocher. De son poste d’observation, Harry le vit s’arrêter près d’un massif de plantes orangées et jeter un regard méfiant autour de lui avant de sortir sa baguette et en tapoter une pierre précise en murmurant un mot de passe que Harry ne pu entendre. Une ouverture apparue alors dans le mur de pierre et Peter s’y glissa, talonné par Harry qui se faufila in extremis à sa suite, le passage se renfermant aussitôt, le plongeant dans l’obscurité la plus totale.

 

         « Lumos » marmonna le Maraudeur quelque part devant lui, d’une voix incertaine.

 

         L’éclairage se fit dans la pièce… qui était en fait un étroit couloir qui donnait sur un escalier tout aussi obscure qui s’enfonçait dans les ténèbres.

 

         Après une (longue) descente de marches glissantes et inégales, ils arrivèrent à une porte de chêne à laquelle le rat frappa après un nouveau regard alentour. Une petite ouverture se fit dans le haut de la porte.

 

         «- Qui va là ? lança une voix sèche et familière.

 

          - Peter Pettigrow. » répondit, aussitôt, l’intéressé.

 

         Il y eut un moment de silence puis…

 

         « C’est bon. »

 

         Il y eut un déclic et la porte s’ouvrit juste assez pour laisser passer Peter et Harry qui eut toute les peine du monde à pénétrer dans la pièce sans heurter le traître. Tout en s’engageant dans la pièce fortement éclairée par un feu vif qui brûlait au centre de la pièce, Harry jeta un bref regard à la silhouette massive vêtue de noire qui avait ôtée son masque :  Crabbe Senior… Par automatisme, Harry jeta un regard aux personnes rassemblées autour de tables qui avaient été dressées en “U” autour du feu, et n’eut, ainsi aucun mal à identifier le responsable de la réunion qui, bien que masqué et vêtu de noir, était escorté d’une autre silhouette tout aussi massive qui permettait d’identifier aisément le meneur de l’arrière garde des partisans de Voldemort : Lucius Malefoy.

 

         « Assis-toi, Pettigrow, tu es à l’heure ! » commenta la voix froide de Lucius, en désignant un siège libre, à une extrémité du “U”.

 

         Le Gryffondor obtempéra et un moment de silence s’instaura, alors que Crabbe prenait restait près de la porte, semblant attendre quelqu’un d’autre. Et, presque à l’instant où cette idée effleura l’esprit de Harry, on frappa à la porte. Harry ne pu, malencontreusement pas entendre l’identité de la personne car, au même instant, les autres membres de l’assistance se levèrent de leur chaise, dans un raclement sonore, alors que la porte s’ouvrait sur une silhouette masquée et également vêtue de noir dont la silhouette semblait vaguement familière à Harry qui supposa qu’il s’agissait de la taupe. Le nouveau venu s’avança, en silence dans la pièce, sans un regard aux autres personnes qui baissaient tous respectueusement la tête à son passage, tandis que Crabbe verrouillait la porte derrière lui. L’homme gagna la place à la gauche de Lucius, avec qui il échangea un bref signe de tête entendu.

 

         « Asseyez-vous ! » intima, calmement, l’arrivant, en esquissant un bref signe de la main.

 

         L’assistance obtempéra, y comprit Crabbe qui s’installa sur une chaise près de la porte. Il y eut un bref instant de silence alors que la taupe, ou du moins celui que Harry supposait être la taupe, survolait les jeunes présents du regard. Lucius prit finalement la parole, sur un bref signe de tête de la taupe, tandis que Harry se déplaçait discrètement pour avoir une bonne vue d’ensemble de la situation.

 

         « La séance peut commencer. »

 

         Un silence pesant retomba sur la pièce face au ton sentencieux de la taupe. Même le feu n’émettait pas le moindre craquement. Harry retenait son souffle.

 

         « Le maître ne pouvant pas être présent à cette réunion, il m’a chargé de cette mission…, commença la taupe. Sachant que certains d’entre vous ne peuvent pas s’attarder trop longtemps en ces lieux au risque qu’on découvre leur absence de leur dortoir, je serai bref… »

 

         Harry resta plus attentif que jamais, bien décidé à ne pas laisser échapper le moindre mot qui serait prononcé en ces lieux.

 

         « En tant que membre de l’arrière-garde, vous avez l’occasion, unique de faire vos preuves cette année, avant d’être incorporé au sein des troupes du Seigneur des Ténèbres… En attendant, comme vous le savez, le Maître s’occupe, pour le moment, du Ministère de la Magie, de sorte que le cas Potter, au sein de l’école, revient à notre charge. »

 

         Harry esquissa une légère grimace. James était bel et bien la cible numéro un.

 

         « Nos précédentes tentatives pour s’en prendre à lui directement ayant vainement échouées et…que vous est-il arrivé ? »

 

         La Taupe s’était tourné vers deux Serpentard qui arboraient plusieurs hématomes. Harry sourit. Au moins, sa petite virée dans la Salle des Trophées avait laissé quelques marques aux Serpentard. D’après ce que Harry en avait comprit, les langues de Vipères n’avaient pas eu la chance d’échapper à Rusard qui passait régulièrement dans cette pièce… Ne pouvant pas prouver la culpabilité de Harry, ou d’un quelconque autre élève dans l’affaire, les six Serpentard avaient subi les foudres du concierge lorsque celui-ci avait découvert l’état de sa précieuse Salle des Trophées. De sorte qu’ils avaient écopés de retenues, mais, aussi fait perdre des points à leur maison et l’interdiction de se faire soigner à l’infirmerie. Si quatre d’entre eux avaient réussi, tant bien que mal à masquer leurs “blessures de guerre”, Rosier et Lestrange n’avaient pas eu cette chance.

 

         Les deux concernés échangèrent un regard gêné et Rosier prit finalement la parole, sous le regard inquisiteur de la taupe.

 

         «- Eh bien, nous avons dû régler un…petit différend inter-maison et…

 

          - Ah oui, j’ai entendu parler de ça, l’interrompit sèchement l’adulte. Vous devriez avoir honte, tous les six, ajouta-t-il en jetant un regard aux six concernés qui frémirent imperceptiblement. Surtout que je croyais avoir été assez clair sur le fait que vous ne deviez pas attiré l’attention sur vous et donc vous faire oublier…

 

          - Mais il nous a provoqué et…

 

          - Vous étiez six contre un et vous trouvez le moyen d’échouer, c’est tout ce que je vois. C’est ridicule… ! commenta, agacé, la taupe.

 

          - Mais, Calaway… » protesta Lestrange, avant de s’interrompre, sur un geste de l’adulte.

 

         Harry retint, une fois son souffle, intrigué.

 

         « Calaway ? répéta, au bout d’un moment de silence, la taupe. Encore et toujours lui… Je dois dire que ce garçon commence à intéresser le Maître, du fait qu’il semble avoir des facultés bien plus développées que la normal…et que la plupart d’entre vous… D’après Pettigrow ici présent… »

 

         L’intéressé frissonna alors que les regards se tournaient vers lui et que Harry serrait les poings.

 

         « Ses origines n’ont, pourtant, rien d’exceptionnels. Un gosse issu d’une quelconque lignée australienne… Mais, il n’en reste pas moins que ce gamin a, à chaque fois, fait échouer nos tentatives contre Potter, ou du moins est intervenu, depuis son arrivée à Poudlard. Quoiqu’il en soit, là n’est pas le sujet de notre réunion. Mais je ne signalerai donc pas ce…regrettable accident à notre Maître. »

 

         Un murmure soulagé s’éleva parmi l’assemblée, rapidement étouffé alors que la taupe reprenait la parole.

 

         « Donc, le cas Potter… Après maintes réflexions, le Maître a opté pour une offensive plus…indirecte. Autrement dit, attaquer là où ça fait mal… Se débarrasser de ses parents n’était qu’un début, le Maître veux faire plus, le faire souffrir le plus possible. Et, sur ce point, grâce à Pettigrow, nous savons exactement quel est son point faible… »

 

         Une fois de plus, les regards se tournèrent vers le Maraudeur qui s’efforça à rester le plus impassible possible.

 

         « Sur ce, voilà vos instructions. »

 

         Disant cela, la taupe fit apparaître, d’un geste négligeant de sa baguette, un parchemin soigneusement plié et scellé d’un sceau verdâtre qui, supposa Harry, devait être la Marque des Ténèbres.

 

         « Prenez connaissance de ces consignes puis brûler ces parchemins avant de partir. » conclut la taupe.

 

         Il y eut un léger brouhaha alors que l’assistance prenait connaissance des lettres qui leur été désigné et, très vite, un murmure enthousiaste s’éleva parmi les élèves de Poudlard présents en ces lieux. Harry eut, cependant, l’impression que Peter ne semblait pas vraiment apprécié la tache qui lui était attribué. Intrigué, Harry s’approcha prudemment de la table, pour tenter de voir le contenu de l’un de ces parchemins, bien décidé à contrer la prochaine action des partisans de Voldemort. Jetant un bref regard par dessus l’épaule d’un élève de Poufsouffle qu’il ne connaissait que de vue, Harry eut juste le temps de lire “Affaire Potter :

RDV à vingt heures, à la clairière aux hêtres, le…” avant que ledit élève ne froisse le parchemin, le déchire et le jette dans le feu qui occupait toujours le centre de la pièce, tout comme les autres jeunes présents en ces lieux, au plus grand dam de Harry.

 

         « A présent, vous pouvez y aller, conclut Malefoy, après un bref échange de regard avec la taupe. Un par un, à dix minutes d’intervalle. »

 

         Nott se leva alors, probablement par respect à un ordre de départ (et d’arrivée) prédéfinie auparavant, et salua les “présidents de séance” d’un bref signe de tête respectueux et quitta la pièce sans un mot, Crabbe s’étant levé pour ouvrir la porte et la refermer derrière lui. Peu à peu, la salle se vida, sous le regard attentif de Malefoy et la taupe qui gardaient toujours leur masque.

 

         Harry était déterminé à attendre le plus possible… Peut-être pourrait-il surprendre, ainsi, une quelconque information capitale ? Mais, malheureusement, lorsqu’il ne resta plus que Crabbe, Goyle, Malefoy et la taupe, Harry n’en appris guère plus que ce qu’il savait déjà, en dehors du fait que, visiblement, Malefoy n’était qu’un “subordonné” inférieur à la taupe dans la hiérarchie établie au sein des troupes de Voldemort, à en croire le ton doucereux et respectueux, qui surpris quelque peu Harry, qu’adoptait l’ancien Serpentard.

 

         «- Tout sera prêt dans les délais, assura-t-il cependant.

 

          - Je l’espère bien, rétorqua sèchement la taupe en se levant. Je vais en informer le Maître de ce pas. Mais, n’oublies pas, Malefoy, que le Maître n’aime pas les échecs multipliés, alors…fais en sorte que tout ce passe comme prévu cette fois…et ne ratez pas votre coup cette fois.

 

          - Nous ferons tout pour mener à bien la mission qui nous a été confié.

 

          - C’est dans votre intérêt, répliqua la taupe en se levant. Ne tardez pas trop longtemps dans l’enceinte de l’école, Malefoy ! » lui rappela-t-il.

 

         Lucius acquiesça d’un signe de tête et se leva à son tour, alors que la taupe quittait les lieux, Crabbe baissant la tête sur son passage tout en lui ouvrant la porte. Lucius perdit ses bonnes manières sitôt la porte fermée, et verrouillée par Crabbe, derrière la taupe. Il esquissa un rictus méprisant…

 

         « Pour qui il se prend celui-là pour oser donner des ordres à un Malefoy ? siffla-t-il. Je n’ai d’ordre à recevoir de personne, excepté le Maître… Mais il ne restera pas longtemps le bras droit de Vous-Savez-Qui, foi de Lucius Malefoy ! »

 

         Ses deux gorilles ricanèrent.

 

         « Allons-nous en d’ici, décida finalement Lucius. On a suffisamment moisi dans ce château miteux. »

 

         Sur ce, tous trois quittèrent la pièce, par le feu qu’ils avaient créé au centre de la pièce qui, sitôt les trois futurs Mangemorts partis, s’éteignit progressivement, plongeant la pièce dans une pénombre grandissante. Harry gagna donc la porte et l’ouvrit d’un sort pour quitter les lieux, et, toujours sous la cape, perdu dans ses réflexions, il regagna la Tour de Gryffondor.

 

         Ayant enlevé la cape qu’il avait rangé dans sa poche en arrivant à la hauteur de la Grosse Dame endormi qui l’avait laissé passé à la simple énonciation du mot de passe sans même ouvrir les yeux pour s’assurer de l’identité de l’arrivant, Harry ne tarda pas à réaliser qu’il n’était pas seul dans la pièce.

 

         « Harry ? Mais… ? »

 

         L’intéressé tressaillit et prit conscience de la présence de Peter qui se tenait près des escaliers menant aux dortoirs des garçons.

 

         «- Tu…tu n’étais pas…pas dans notre dortoir ? s’inquiéta Peter, plus pâle que jamais à la lueur du feu mourrant dans la cheminée.

 

          - Non…, rétorqua sèchement Harry. J’avais besoin de me changer les idées…

 

          - D’où…d’où tu viens ? insista Peter en s’approchant.

 

          - Ca ne te regarde pas… »

 

         Il se retrouva aussitôt une baguette pointée vers lui par une main tremblante.

 

         « Où… où étais-tu ? » répéta, d’une voix tout aussi inquiète Peter, ses yeux brillants d’une lueur que Harry ne lui avait jamais vu.

 

         Harry sourit, moqueur.

 

         « Ca ne te regarde pas… Et pourquoi cette question ? C’est curieux, on dirait que tu as peur de quelque chose. On dirait que tu caches quelque chose… Et je pourrai te retourner la même question… »

 

         La baguette se pointa un peu plus vers lui.

 

         «- Je…je ne cache rien…

 

          - Tu n’as pas un comportement d’innocent, en tout cas, Peter…, lâcha sèchement Harry. Où donc traînais-tu, Queudver ?

 

          - Je…j’étais à la Réserve…, je…je cherchais… » bafouilla Peter, sans pour autant éloigner sa baguette de Harry.

 

         Le sourire de ce dernier ce fit carnassier, et, à son tour, dégaina sa baguette qu’il pointa entre les yeux du traître.

 

         « Inutile de me mentir. »

 

         La voix de Harry était à peine plus élevée qu’un murmure, malgré la colère qui l’habitait. Les yeux du Maraudeur s’écarquillèrent. La tension était presque palpable entre eux. Harry avait enfin l’occasion de faire payer le rat pour tout ce qu’il l’avait fait subir, pour toutes ses trahisons, pour tout ce qu’il avait fait, il avait l’occasion de le tuer, là, s’il le voulait, mais il ne le fit pas.

 

         «- Que…que veux-tu dire ?

 

          - Je sais tout, Peter… Tout ce qu’il y a à savoir sur ta pathétique et misérable existence…

 

          - Tu…

 

          - Tu n’es qu’un traître, Peter… Un lâche et un traître égoïste et misérable, siffla Harry.

 

          - Tu…

 

          - Harry ? Peter ? Mais… »

 

         Les deux concernés sursautèrent et jetèrent un regard en coin vers l’escalier en colimaçon au pied duquel se tenait un Remus bouche-bée.

 

         Harry pouvait aisément supposé ce qui s’était passé. Remus avait des sens bien plus développés que la normal, du fait de sa condition de Loup-Garou. En plus, ayant un sommeil des plus légers la plupart du temps, il avait dû entendre des éclats de voix dans la Salle Commune et, par curiosité, il était venu voir ce qui se passait… Quoiqu’il en soit, il devait être loin de s’attendre à trouver deux de ses camarades face à face, se menaçant de leur baguette.

 

         « Que…qu’est-ce qui se passe ? » insista Remus, en s’avançant vers eux, son regard passant de Harry à Peter qui baissèrent aussitôt leur baguette.

 

         Ces derniers échangèrent un regard méprisant. Harry hésita sur ce qu’il devait dire mais sa conscience lui rappela, une fois de plus, de ne rien dire.

 

         « Ce n’est rien, Remus…, juste un…petit différent entre Peter et moi. » lâcha-t-il, en adressant un regard d’avertissement au rat.

 

         Remus lui adressa un regard sceptique et reporta son attention sur Peter qui fixait Harry d’un air vide d’une quelconque signification.

 

         « Tu ne perds rien pour attendre, souffla Harry entre ses dents à l’adresse du traître avant de s’éloigner. Je vais me coucher. » conclut-il en rangeant sa baguette.

 

         Remus ne fit rien pour l’arrêter, encore trop surpris par ce qu’il venait de voir. Harry, néanmoins, se doutait que, dès le lendemain, James et Sirius seraient, eux aussi, au courant de l’incident. Il soupira et gagna silencieusement son lit, afin de ne pas réveiller Sirius, James étant, une fois de plus, partit il ne savait où. Il entendit, peu après les deux autres Maraudeurs regagner, à leur tour, le dortoir mais lui ne ferma pas l’œil de la nuit, trop préoccupé par les évènements de la soirée.

 

* * * * *

 

         Lorsque James se réveilla, il mit quelques minutes à comprendre pourquoi il n’avait pas été réveillé par un quelconque mauvais rêve durant la nuit, et sourit en passant la main dans les cheveux auburn de la jeune fille blottie contre lui, le visage enfouie au creux de son épaule. Celle-ci murmura imperceptiblement mais continua à dormir. James sourit un peu plus tout en resserrant sa prise autour de la taille de sa petite-amie, perdu dans ses réflexions. Depuis qu’il était allé voir le souvenir de Harry, ses nuits étaient souvent perturbé par ce qu’il y avait vu et se retrouvait régulièrement réveillé au beau milieu de la nuit, un rire glacial en tête. Il frissonna à cette pensée qu’il se hâta de chasser de son esprit pour se concentrer sur l’instant présent. Il était avec sa Lily et c’était tout ce qui comptait. Il aimait ces instants qui n’appartenaient qu’à eux, ces jours où il se réveillait, la jeune fille qu’il aimait plus que tout, à ses côtés. En de tels moments, l’histoire de Roméo et Juliette prenait tout son sens à ses yeux. Aimer à en mourir…

 

         « Je t’aime, petite fleur de lys de mon cœur et je t’aimerai toujours. » murmura-t-il en déposant un léger baiser sur le front de la jeune fille qui se serra un peu plus contre lui dans son sommeil.

 

* * * * *

 

         Quelques jours s’étaient écoulés et l’incident avait vite été oublié, malgré le fait que Peter évitait, plus que jamais, Harry, au plus grand contentement de ce dernier. Le petit Maraudeur évitait ainsi de s’attarder dans les mêmes pièces que Harry qui s’efforçait toujours de savoir où se trouvait le rat. Pourtant, exceptionnellement, ce vendredi, sitôt les cours du jours terminés les cinq garçons discutaient de choses et d’autres dans leur dortoir. Les filles faisant le tour du château, à la recherche de propriétaires potentiels pour les chatons. Harry lisait un livre sur la pratique de l’Ancienne Magie que Lily lui avait conseillé (visiblement, James avait parlé à Lily de son intérêt pour ce genre de magie et Lily, trop contente de trouver quelqu’un, et qui plus est Harry, avec qui partagé ce qu’elle savait sur la matière, s’était hâtée de lui suggéré quelques livres sur le sujet.), allongé sur son lit, Sirius essayait de convaincre Remus de ne pas faire, déjà, ses devoirs pour la semaine à venir (“Et la règle dix de notre code d’honneur, tu en fais quoi ?”) et James, assis, sur son lit, caressait machinalement Gaïa qui était roulé en boule sur les genoux de son maître et ronronnait de contentement.

 

         « N’empêche, c’est étrange. » commenta, finalement, James.

 

         Le dortoir des garçon était on ne peut plus calme, du moins jusqu’à sa soudaine intervention.

 

          - Qu’est-ce qui est étrange ? s’étonna Sirius, en se tournant vers son meilleur ami.

 

          - Ce qui traîne dans la forêt interdite, répliqua James.

 

          - Et chaque fois durant les pleines lunes…

 

          - Ca ne veut rien dire, Peter, intervint Remus en levant les yeux de son devoir de Soins aux Créatures Magiques.

 

          - Je suis du même avis que Remus, approuva Harry. Nous ne sommes en mesure de percevoir sa présence que lors des sorties de pleine lune…, mais ça ne veut pas dire qu’elle n’y est pas le reste du temps.

 

          - On n’a qu’à aller voir, suggéra alors Sirius.

 

          - Quand ça ? Ce soir ? s’enquit Remus.

 

          - Pourquoi pas ? Nous n’avons pas cours demain et rien ne nous empêche d’aller faire un tour dans la Forêt Interdite, voir ce qu’il en est…

 

          - Je ne suis pas sûr que ce soit une très bonne idée… »

 

         Harry se tourna aussitôt vers Peter qui était assis contre un mur les jambes croisées, lui adressant un regard noir qui le fit aussitôt taire.

 

         « Au contraire. Je suis sûr que ce serait une excellente idée, rétorqua Sirius. En plus, il me semble que c’est ce soir que les Langues de Vipères font leur retenue…, dans la forêt. Ca serait marrant d’aller leur mettre quelques bâtons dans les roues, non ? »

 

         James esquissa un petit sourire à cette pensée et Remus parut songeur. Harry, lui, continuait à fixer Peter, se demandant quelles pouvaient être ses motivations en cet instant, mais reporta bien vite son attention vers Sirius en réalisant que celui-ci lui disait quelque chose.

 

         « Autant que la petite séance punitive de Harry serve à quelque chose, n’est-ce pas, Harry ? Je veux dire, ça serait trop bête de rater une pareille occasion de narguer un peu les Serpentard. Et on en profiterait pour en savoir plus sur ce truc qui se balade dans la forêt. »

 

         Harry acquiesça d’un signe de tête. Quelque chose le chiffonnait dans ce que venait de dire Sirius, mais quoi ?

 

         «- En tout cas, je suis pour ! déclara, avec entrain, James.

 

          - Je viens aussi, annonça aussitôt Harry qui était bien décidé à ne pas lâcher son “camarade” de vue.

 

          - Moi aussi, céda Remus après un moment d’hésitation.

 

          - Mais vous ne pensez pas qu’il faudrait que quelqu’un reste…, pour faire diversion, surtout par rapport à Lily et Amy ? demanda Peter. Je veux dire, Remus, Harry et moi, ce n’est pas comme si on était trop demandé mais, Sirius et James, vous avez des petites-amies qui risquent de se poser bien des questions si elles ne vous trouvent pas…

 

          - Ben, tu n’as qu’à rester, dans ce cas, répliqua négligemment Sirius. Tu les occuperas et je suis sûr que tu sera parfaitement capable de trouver une quelconque excuse pour justifier notre absence, contrairement à Remus qui fait un bien piètre menteur. » ajouta-t-il en souriant malicieusement au lycanthrope.

 

         L’intéressé grimaça à ce sous-entendu mais approuva d’un signe de tête.

 

         «- Alors, on fait comme ça ? reprit Sirius. Ce soir, Rem, Jamsie, Harry et moi, on va faire un tour dans la forêt et…

 

          - Je ferai peut-être mieux de rester aussi, intervint brutalement le lycanthrope. Je veux dire, vous aurez besoin de vos formes animales pour repérer ce qui se balade dans la Forêt Interdite, et je ne peux donc pas vous…

 

          - Peut-être mais tu as des sens biens plus importants que les nôtres, objecta Sirius qui semblait avoir réponse à tout.

 

          - Et puis, nous n’aurons pas tous besoin d’être en Animagus, renchérit James.

 

          - D’autant plus qu’il vaudrait mieux qu’on soit au moins quatre, pour pouvoir narguer un peu les Langues de Vipère et leur concocter une bonne blague digne des Maraudeurs. » insista Sirius, un large sourire machiavélique aux lèvres.

 

* * * * *

 

         Et c’est ainsi que, le soir-même, s’étant éclipsés en douce alors que Peter restait dans la Salle Commune, James, Remus, Harry gagnèrent, sans encombre, la forêt, mené par Patmol. D’un commun accord, tous les quatre avaient décidés que seul Sirius prendrait sa forme animale, du fait qu’un chien passerai plus facilement inaperçu qu’un cerf ou une panthère, au sein de l’école.

 

         Harry, mû par un pressentiment grandissant, suivait de près James, alors qu’ils s’enfonçaient sous le couvert des arbres de la Forêt Interdite. Quelque chose le dérangeait mais il était incapable de savoir ce que c’était. Patmol, trottinant joyeusement en tête, les trois autres garçons avançaient, en silence, entre les arbres, à la lueur projetée par leurs baguettes.

 

         Mais l’inquiétude de Harry se dissipa rapidement lorsque quelque chose traversa furtivement le chemin devant Patmol qui se jeta joyeusement à sa poursuite dans les fourrés voisins, en aboyant joyeusement, sous les rires des trois autres.

 

         « Patmol, reviens ! s’écria, James, amusé. Nous ne sommes pas là pour chasser des lapins… » ajouta-t-il plus sérieusement.

 

         Le gros chien noir réapparut presque aussitôt sur le chemin, et s’ébroua pour se débarrasser des épines et des feuilles qui jonchaient son pelage et tous les quatre reprirent leur marche.

 

         «- Je ne me rappelais pas que c’était aussi silencieux…, commenta finalement James.

 

          - C’est normal que la forêt te paraisse plus silencieuse qu’à l’accoutumée, tu as pris l’habitude d’y venir en Animagus…, de sorte que, tes sens de cerf te permettent de percevoir des bruits qui échappent complètement à un humain. » répliqua Remus.

 

         Harry resta silencieux. Il partageait l’avis de Remus…, mais aussi celui de James. Il ne se rappelais pas avoir jamais trouvé la Forêt Interdite aussi silencieuse. Même le bruissement des feuillages, le bruit du vent s’engouffrant dans la végétation ou le craquement des branches étaient inexistants. Tout était étrangement calme, alors qu’ils s’engageaient dans les profondeurs de la forêt.

 

         Au bout d’un long moment, Patmol se figea soudain devant eux, le nez en l’air, en alerte et un autre petit animal jaillit des fourrés, au plus grand agacement des trois adolescents.

 

         « On n’arrivera à rien comme ça, soupira James. Sirius, reprends ta forme humaine, on va faire autre chose. »

 

         Le chien se tourna vers eux, l’air désappointé et suppliant.

 

         « Non, Patmol, inutile de faire tes yeux de chien battu, ça ne marche pas avec moi, insista James. Reprends ta forme humaine… »

 

         Le chien baissa la tête mais obtempéra.

 

         « Tu n’es pas drôle, là, Jamsie… » grogna Sirius.

 

         James ne répondit pas mais se tourna vers les deux autres.

 

         « Je vais le faire moi, déclara-t-il. Je ne devrais pas me laisser distraire par des lapins, moi ! »

 

         Sirius grimaça et tira la langue, derrière son meilleur ami et Harry sourit devant les mimiques du Maraudeur. Mais, peu après, ils repartaient dans leur balade nocturne, mené par un cerf aux aguets et un Sirius grincheux.

 

         « Comment ça se fait qu’on ait pas encore aperçu les Langues de Vipère ? s’étonna, au bout d’un moment, Sirius. Je veux dire, ils devraient être dans le coin, en principe… Les retenues dans la forêt ne se sont pas souvent trop loin du parc et ça fait quand même presque une heure qu’on marche et… »

 

         Cornedrue s’était soudain figé devant eux. Sirius, qui le suivait de près mais s’était tourné vers Remus et Harry heurta l’animal et s’étala, les fesses par terre.

 

         « Non, mais ça va pas ? s’énerva Sirius, en se relevant, sous les rires des autres. Vous auriez pu me… »

 

         Il se tut, remarquant soudain l’air grave que prirent les deux autres qui fixaient à présent le cerf qui, immobile devant eux, scrutait attentivement les alentours, avant de disparaître dans un claquement. James, décontenancé, se tourna vers ses amis.

 

         « Je ne comprend pas…, il était là, l’espace d’une seconde puis ça a disparu tout aussi rapidement… et puis, il y avait autre chose… »

 

         Il secoua la tête.

 

         «- Je ne sais pas comment définir ça… Et, quand aux Serpentard, il semblerait qu’il y ai un rassemblement, un peu plus vers l’est… sûrement les Langues de Vipère en retenue…

 

          - On n’a qu’à aller voir, alors ? suggéra Sirius, soudainement enchanté.

 

          - On va le faire, confirma James. Néanmoins…, on va prendre quelques précautions… ajouta-t-il en se tournant vers Harry. On risque d’avoir besoin d’une aide…arboricole ! »

 

         Harry, comprenant le sous-entendu, acquiesça.

 

         « Quelque chose se trame dans la forêt, c’est évident, et plus on aura un champ d’action important et plus on aura de chance d’en savoir. »

 

         Les trois autres approuvèrent.

 

         « On sait à présent que cette chose, quoi que ce soit, se balade régulièrement dans la forêt, mais, on ne sait pas où il est passé…, on va donc aller voir ce que font les Serpentard…, annonça James. Et Harry et moi, nous allons prendre nos formes d’Animagus. »

 

         Sur ce, les deux concernés adoptèrent leur forme animale.

 

         <Tout cela ne me plaît pas du tout.> commenta Harry en se glissant à hauteur du cerf.

 

         <Moi non plus. Tu crois que ça pourrai être la taupe ?>

 

         <Possible.> répondit-il, bien qu’il en soit, en fait, certain.

 

* * * * *

 

         Le petit groupe avait donc prit la direction de l’est, lorsque, une fois de plus, une légère brise porta une odeur désagréable aux deux animaux qui se figèrent à nouveau.

 

         <Ca part, ça revient, décidément, je n’aime pas ça du tout.> soupira Harry.

 

         <On devrait aller voir, non ?>

 

         <Pas tous ensemble…> répliqua Harry. < Ce n’est pas une odeur humaine…, c’est autre chose qui ne me dit rien qui vaille. Le mieux serait que j’aille voir ce que c’est et que, vous trois, alliez faire votre blague aux Serpentard, je vous rejoindrais>

 

         <Tu es sûr ? Ca ne me plaît pas vraiment qu’on se sépare alors que quelque chose de louche se trame dans la forêt.>

 

         <Je serais le plus discret d’entre nous, donc le plus à même d’approcher le plus possible cette…chose. J’irai par la voie des arbres et je suis sûr que je vous rejoindrais rapidement. >

 

         James resta silencieux un moment puis soupira.

 

         <D’accord, on fait ça…, mais sois prudent, d’accord ?>

 

         <Pas de problème, mais vous aussi…> répliqua Harry en s’avançant vers l’arbre le plus proche.

 

         « Qu’est-ce qu’on fait, alors ? » demanda Sirius.

 

         Harry, une fois perché dans les branchages, jeta un regard en contrebas pour voir James reprendre sa forme humaine et expliquer la situation aux deux autres, puis s’élança vers le nord…, là où l’odeur était apparue quelques minutes plus tôt. Malgré le fait qu’il soit dans sa forme animale, une légère douleur lui traversait le front, ce qui ne lui plaisait pas.

 

         Les sens aux aguets, il percevait un léger bruissement de feuilles dans les arbres environs mais aussi celle des trois Maraudeurs qui se rapprochaient de celles d’autres personnes rassemblées plus à l’est, comme James l’avait signalé.

 

         Un autre coup de vent… une nouvelle fois cette odeur désagréable qui fit frémir Harry qui repartit aussitôt de plus belle dans sa direction. Puis, la piste disparue tout aussi brutalement. Mais, le vent soufflant toujours lui apporta une autre odeur… humaine celle-là…, la même que celle qu’il avait repéré le soir de sa sortie nocturne avec Lunard. Et cette odeur se rapprochait, alors que le vent retombait. Persévérant dans son avancée à travers les arbres, passant de branches en branches, Harry se figea alors que, en contrebas, des bruits de pas et un bruissement semblable à celui fait par l’extrémité d’une cape effleurant le sol se firent entendre. Tapi dans l’ombre des feuillages d’un vieil arbre sur lequel il s’était arrêté, Harry ne tarda pas à voir passer en dessous de lui, une silhouette familière vêtue de noir et emmitouflé dans une cape dont le capuchon était remonté sur sa tête. La personne semblait pressée.

 

         <La taupe>

 

         Intrigué, Harry fit demi-tour et suivit le sombre individu qui se déplaçait dans la forêt et, brusquement…

 

         <Où est-il passé ?>

 

         Il n’avait rien vu… Une fraction de seconde auparavant, la taupe était là, sous ses yeux et maintenant, plus rien… Plus aucune trace de sa présence, ni auditive, ni olfactive, ni visible… Plus rien…

 

         Perplexe, Harry continua donc à scruter, vainement, les environs. La taupe semblait s’être évaporée.

 

         <<Tu t’attaque à un gros morceau, Harry.>>

 

         L’intéressé sursauta.

 

         <Tu le fais exprès de me faire peur à chaque fois ou quoi ?> grogna-t-il.

 

         <<Non, mais peu importe, là n’est pas l’essentiel. Mais tu perd ton temps à essayer de le retrouver… Il n’est plus ici.>>

 

         <Comment peux-tu en être aussi sûr ? Après tout, on ne peut pas transplaner dans l’enceinte de Poudlard.>

 

         <<Il n’a pas transplané…, il est juste…ailleurs.>>

 

         <Facile à dire…> grommela Harry. <Mais, toi qui prétends tout savoir… qui est la taupe ?>

 

         <<Désolé mais je ne peux pas te le dire.>>

 

         <C’est ça…> ironisa Harry. <Facile à dire>

 

         << Tu sauras tout en temps et en heure.>> déclara, après un instant de silence, la Voix. <<Promis. Mais, si je peux te donner un conseil, oublie un peu Peter, ça n’arrangera pas les choses et…reste sur tes gardes>>

 

         Harry allait dire sa façon de penser quand…

 

         <Harry… on a trouvé les Serpentard…>

 

         La “voix” de Cornedrue était lointaine mais encore reconnaissable.

 

         <Moi j’ai trouvé la taupe mais elle m’a échappée. Je vous rejoint…>

 

         <On t’attends, alors. On sera à la clairière aux hêtres.>

 

         <Ok ! Je…>

 

         Harry s’interrompit.

 

         RDV à vingt heures, à la clairière aux hêtres, le…” Ce qu’il avait entraperçu lors de son intrusion lors de la réunion de “l’arrière garde” lui revint à l’esprit.

 

         <Harry ? Harry, ça va ?>

 

         <Oui…> répondit aussitôt l’intéressé, sans se débarrasser de son inquiétude soudaine. <James, je vous rejoint tout de suite mais ne restez pas là !>

 

         <Pourquoi ?>

 

         <Ca serait trop long à t’expliquer mais ne restez pas près de cette clairière.> intima Harry en repartant vers l’est. <Reprends ta forme humaine et éloignez-vous de là.>

 

         <D’accord, si tu y tiens…> concéda, après un silence, James. <Mais il faudra que tu m’explique ce qui…>

 

         <Si tu veux, mais plus tard.> le coupa Harry.

 

         Ce fut mû par un sentiment de malaise grandissant que Harry poursuivit sa route. Tout s’expliquait à présent. Comme par hasard, les Serpentard étaient en retenue, une semaine exactement après la réunion (soit disant après l’épisode de la Salle des Trophées), dans la clairière qui servait de lieu de rendez-vous de l’arrière-garde des troupes de Voldemort et la taupe se baladait aussi dans le coin. Et, toujours par un étrange jeu du sort, Peter avait trouvé un prétexte pour rester au château…, pour ne pas être mêler à l’attaque…

 

         Pourtant, quelque chose dans ce raisonnement gênait encore Harry.

 

* * * * *

 

         Les trois Maraudeurs sursautèrent lorsque Harry surgit d’un arbre, devant eux, se réceptionnant lestement sur le sol.

 

         «- Ah, c’est toi ! s’exclama Sirius, une main sur le cœur, alors que Harry reprenait sa forme humaine. Tu nous as fait une sacrée trouille.

 

          - Harry, et si tu nous expliquais, à présent, la raison de tout ça ? demanda Remus.

 

          - Pas le temps maintenant, répliqua Harry. On ne doit pas rester là, il semblerai qu’une attaque…

 

          - Une attaque ? répétèrent, en cœur, les trois autres, surpris.

 

          - Oui, c’est pourquoi il serait préférable qu’on rentre au plus vite…, on risquera moins au château qu’ici. »

 

         Et c’est ainsi que tous les quatre repartirent en direction du château. Chemin faisant, ils débouchèrent dans une petite trouée végétale… pour se rappeler qu’ils n’étaient pas les seuls à traîner dans la forêt. Visiblement, les Langues de Vipères ne s’étaient pas, non plus, attardés dans la clairière aux hêtres.

 

         « Bien sûr, si le rendez-vous était à vingt heures ! » réalisa, pour lui-même, Harry.

 

         Tous les quatre se figèrent en y découvrant six Serpentard de septième année qui esquissèrent un sourire méprisant en les apercevant, mais n’esquissèrent pas le moindre geste dans leur direction. Et Harry ne tarda pas à en découvrir la raison, en apercevant les trois silhouettes, facilement identifiables, qui se tenaient à quelques pas des six autres. Le plus gringalet des trois, négligemment adossé à un arbre, esquissa un rire moqueur.

 

         «- Oh, mais qui voilà ?! ironisa-t-il de sa voix traînante et plus que familière.

 

          - Malefoy ! Mais que nous vaut donc cet immense honneur de te voir…, en compagnie de tes toutous… ici ? cingla James en s’avançant.

 

          - Je pourrai te poser la même question, Potter, se moqua le blondinet en désignant les trois garçons qui se tenait derrière son interlocuteur.

 

          - Alors, Malefoy, ça fait quoi de lécher les basques de Voldemort ? intervint Sirius en rejoignant son meilleur ami, baguette à la main.

 

          - Envieux, Black ? se moqua Malefoy. Mais c’est vrai que, vous autres, vous ne pouvez pas connaître ce que ça fait que d’avoir la puissance, d’appartenir au camp des gagnants. D’ailleurs, je dois dire que je suis surpris de vous voir là… ! »

 

         Il eut un sourire mauvais et se tourna vers le meneur du groupe, alors que Harry et Remus se joignaient à leurs deux amis.

 

         «- Je ne suis pas sûr, Potter, que ce soit une très bonne idée d’avoir laissé seule ta chère Sang-de-Bourbe.

 

          - Elle ne risque rien au château, répliqua, sèchement, son interlocuteur, en s’avançant vers Malefoy. Et Lily n’est pas…

 

          - A ta place, je n’en serai pas si sûr, rétorqua le Serpentard en esquissant un sourire mauvais. Et bien, pour ton information, Potter, la bâtarde, ainsi que ses deux amies…, sont, actuellement, dans le parc…, à votre recherche et sur le point de tomber dans un piège plus que mortel. »

 

         James pâlit légèrement mais resta impassible.

 

         « Tu ment ! » rétorqua-t-il, d’une voix neutre.

 

         Harry partageait la même opinion, jusqu’à ce que quelque chose d’autre lui revienne à l’esprit.

 

         Le Maître veux faire plus, le faire souffrir le plus possible. Et, sur ce point, grâce à Pettigrow, nous savons exactement quel est son point faible…”

 

         En cet instant, Harry se serrait giflé. Bien sûr…, c’était le détail qui n’avait cessé de le tracassé… Comment lui, pourtant habitué à la technique d’attaque de Voldemort, n’y avait-il pas pensé ? Voldemort agissait là où ça faisait mal…, en s’en prenant à ceux qui comptait pour lui… Il avait été stupide de laisser Peter, seul, en compagnie des filles et donc de Lily… Lily qui représentait la plus grande faiblesse de James… S’en prendre à Lily serait, inévitablement, la meilleure façon de l’atteindre… Et à voir la réaction de James à l’annonce de la mort de sa mère, Harry ne préférait pas imaginer la réaction du Maraudeur s’il arrivait quelque chose à Lily.

 

         « Tu crois ? » s’enquit Lucius, les bras croisés, sans se départir de son sourire mauvais.

 

         Il s’écarta de l’arbre, suivit de ses deux brutes écervelées et s’avança vers James, le fixant dans les yeux. Harry réalisa alors que le Serpentard disait la vérité.

 

         « Comment peux-tu en être aussi sûr, Potter ? continua-t-il, mesquin. Comment peux-tu être aussi sûr que ta chère petite-amie est dans le château ? »

 

         Il se retrouva alors avec une baguette pointée sur lui. Malefoy ricana et fit signe à ses deux toutous de ne pas intervenir.

 

         «- Parce que s’il lui arrivait quelque chose, tu serais le premier à le regretter amèrement, lâcha froidement James.

 

          - Tu es, décidément, bien trop naïf, Potter, se moqua-t-il. Tu es vraiment pitoyable ! »

 

         Une vive douleur traversa soudain le front de Harry, n’étant pas pour rassuré ce dernier. Si ce que Malefoy disait était vrai, Lily, et probablement aussi, Elsa et Amy, étaient en grand danger. Harry porta machinalement la main à son front, un geste qui n’échappa pas à James qui en comprit aussitôt la signification et pâlit un peu plus encore. Son expression laissa clairement paraître son inquiétude lorsque, du coin de l’œil, il rencontra le regard de Harry qui esquissa un bref signe de tête entendu.

 

         « Allons-nous en d’ici.» déclara, brutalement, James en se détournant de Malefoy.

 

         Celui-ci ricana mais les laissa faire.

 

         « Vous pouvez toujours courir, mais vous arriverez trop tard ! » se moqua-t-il.

 

         Mais les quatre garçons étaient déjà repartis, sous le rire moqueur de Malefoy.

 

         «- Il faut qu’on prenne nos formes d’Animagus ! s’écria James, alors qu’ils courraient à travers les arbres, en rangeant sa baguette dans sa poche.

 

          - Mais Lunard n’est pas un Animagus, protesta Sirius.

 

          - Alors reste avec lui dans ce cas là ! le coupa, sèchement James. Si Malefoy dit vrai, les filles sont en danger et on gagnera du temps en tant qu’Animagi… Harry, tu viens ?

 

          - Je te suis. » acquiesça Harry, après une brève hésitation, en notant l’air sombre de Sirius, mais en se laissant gagner par la soudaine angoisse de James.

 

Et c’est ainsi que tous deux, prenant leur forme animale, s’élancèrent dans la forêt.

 

         « Soyez prudents, quand même ! » leur lança Remus, avant qu’ils ne disparaissent de leur vue.

 

* * * * *

 

         Les arbres défilaient autour d’eux mais ni l’un ni l’autre ne semblait s’en rendre compte, trop inquiets pour penser à quoi que ce soit d’autre, alors qu’ils courraient à travers la forêt. Harry, devinant sans mal l’état d’esprit dans lequel James devait se trouver, gardait le silence, se contentant de rester à la hauteur du cerf.

 

         James semblait avoir prit conscience du danger qui menaçait Lily et, en cet instant, rien d’autre ne comptait plus pour lui, à part la santé de la jeune fille. Il avait probablement vexé Sirius, un peu plus tôt, mais il ne devait pas s’en être seulement, rendu compte.

 

         <Ta cicatrice t’a fait mal ?>

 

         <Un bref instant.> admit Harry, surpris.

 

         <Si ces fumiers s’en prenne à elle…>

 

         Il n’acheva pas sa phrase. Tous deux courraient à perdre haleine, en direction du parc. Harry, en tête, fut le premier à apercevoir, loin devant eux, les lumières du château, à travers la végétation qui les entourait.

 

         <On y est presque.> s’exclama James. <On va arriver près du lac…>

 

         Tous deux se figèrent lorsqu’ils atteignirent la lisière de la forêt, à bout de souffle. Le parc était désert, au grand soulagement des deux garçons qui reprirent, d’un commun accord, leur forme humaine.

 

         «- Il n’y a rien, commenta James.

 

          - Oh non… ! s’inquiéta Harry. Regarde, là-bas ! » ajouta-t-il, précipitamment, désignant un point, à quelques pas de là.

 

         James suivit son regard, pour apercevoir les trois jeunes filles qui venaient, sans les voir, dans leur direction.

 

         « LILY ! » hurla, aussitôt, le Maraudeur.

 

         Les filles tressaillirent et se tournèrent dans sa direction… James s’avança hors du couvert des arbres mais se figea, et se retourna vers Harry à l’instant où, les mains crispées sur le front, celui-ci tombait à genoux sur le sol en laissant échapper une plainte sourde.

 

         « Harry ? s’inquiéta le Maraudeur. Ca… ? »

 

         Une violente explosion le coupa dans ses propos.

 

 

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